Bilan des 2 premières semaines de reconfinement à Paris

Reconfinement & Hébergement touristique : Que s’est-il réellement passé sur le marché parisien les 2 premières semaines de ce nouveau confinement ?

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Lors de la conférence de presse du jeudi 29 octobre, le Premier Ministre, Jean Castex a autorisé les hôtels à rester ouvert durant le confinement, pour accueillir les déplacements pour motifs impérieux.1 Deux semaines après, que s’est-il réellement passé sur le marché parisien de l’hébergement touristique ?

Sur les 2 premières semaines du reconfinement, le marché parisien de l’hébergement touristique s’est retracté de 80% à 90% selon les établissements (restés ouverts). Mais plus précisément 3 phénomènes sont à constater.

 

1/ La quasi-totalité des séjours de novembre annulés suite au discours gouvernementaux !

 

Taux d'annulation à Paris lors du reconfinement de novembre 2020

Sans surprise, le jour même et le lendemain du discours du Président de la République (soit les 28 et 29 octobre), 93% des séjours de Novembre ont été annulés.

Concernant les séjours de décembre (déjà réservés au 27 octobre), 52% ont été annulés dans ces 2 premiers jours. Et à la date de réalisation de cette étude, plus de trois quarts des séjours de décembre ont déjà été annulés.

Les taux d’annulations ont été similaires tous canaux confondus (ventes directes, OTA comme Booking ou Expedia, plateformes comme Airbnb ou Abritel …)

 

Ayant appris du premier confinement, la quasi-totalité des hébergeurs proposaient des conditions d’annulation flexibles (entre J-1 et J-5 pour l’annulation gratuite). Par ailleurs l’ordonnance de Mars 2020 sur les avoirs ayant expiré le 15 septembre, aucun report de dates n’a été demandé.

Ainsi, l’écrasante majorité des clients a été remboursée fonction des conditions d’annulation, entrainant une importante perte financière pour les hébergeurs.

 

2/ Un léger mouvement de confinement – à Paris même !

 

Si les médias ont, a raison, grandement évoqués le cas de parisiens qui se confinent en province, une petite proportion de parisiens a décidé de se confiner … à Paris. Ils ont cherché avant tout des biens plus grands. Ainsi, cet épiphénomène n’a touché que les meublés de tourisme et plus particulièrement les biens avec plusieurs chambres à coucher.

 

 

Conscients du changement du rapport de force, les trois quarts (72%) des demandes de disponibilité par les clients s’en sont suivi d’une négociation, où les clients ont cherché à négocier les prix publics affichés à la baisse. Les gérants d’établissements ont appliqué différentes stratégies (refus de négocier, négociation au cas par cas ou négociation pour tous). Toutefois, dans 80% de réservations de confinement abouties, le prix final payé par le client était inférieur au prix public affiché.

Aussi intéressant et instructif que fut cet épiphénomène, il n’a contribué qu’à 5 points de hausse de TO, au maximum (TO : Taux d’occupation).

En général, ces clients ont passé commande de séjours d’une durée d’un mois, soit jusque la fin novembre 2020. La moitié a, dès la réservation, posé la question des conditions (prix, préavis…) d’un éventuel prolongement au-delà. 

Ce phénomène a surtout été constaté durant le weekend qui a suivi les déclarations officielles et plus précisément, le vendredi 30 et samedi 31 octobre. Les dernières demandes étant réalisées le matin du dimanche 1er novembre.

 

3/ Le retour, progressif et léger, des déplacements professionnels.

 

Statistiques de réservation Paris - novembre 2020

 

Dans la semaine qui a suivi les déclarations officielles, les réservations pour des déplacements courts, a priori professionnels, ont repris. La reprise démarre à partir du mercredi 4 et jeudi 5 novembre.

Toutefois, ces réservations ont permis au mieux de remplir les établissements à hauteur de 10 à 15% de leur capacité, laissant les gérants dubitatifs sur le fait de rester ouverts ou pas. D’autant plus, que les prix des nuitées sont inférieurs de 10% à 40% par rapport à 2019 (fonction des stratégies tarifaires appliquées)

Ces réservations ont surtout bénéficié aux établissements centraux ou proches de grands chantiers, affichant des prix économiques à moyens.  Les hébergements réservés ont été en priorité les chambres standards et les studios (dans les appart-hôtels)

La majorité des réservations est pour un occupant, avec une fenêtre de réservations très courte (à J-3 de la date du séjour) et pour des séjours de 2 à 3 nuits, plutôt les jours de semaine. On peut donc raisonnablement penser que l’essentiel de ces réservations corresponds bien à des déplacements professionnels, à priori impérieux ou du moins dans le respect de la consigne de maintenir l’activité économique. Quelques motifs familiaux (essentiellement soins) ont aussi été constatés.

 

Pour se donner un peu d’optimisme, notons qu’un tiers des (rares) réservations réalisées du 1er au 11 novembre 2020, concerne des séjours de décembre 2020 et au premier semestre 2021.

 

4/ D’autres phénomènes à la marge: à la fois opportunités et risques.

 

Outre les 3 phénomène décrits plus haut, 2 autres phénomènes plus marginaux sont à noter. Ils concernent uniquement les meublés de tourisme et restent marginaux.

Le premier est celui des expatriés (voire des impatriés) qui sont arrivés à Paris sur la 2e moitié d’octobre. Après avoir connu un hébergement temporaire (hôtel, Airbnb), il se sont mis à chercher une location classique. Stoppés dans leurs recherches par le reconfinement, il se sont redirigés vers des plateformes comme Airbnb ou MorningCroissant pour trouver des solutions de moyenne durée ( entre 1 et 6 mois)

 

Par ailleurs, certains habitants de Paris et de la banlieue cherchent à se confiner séparément des personnes qui partagent leur logement. Les motifs réels de ces demandes sont très incertains : cas contacts? entourage de personnes fragiles? auto-quarantaine? autres motifs moins avouables …?

Tous les gérants d’établissements doivent être particulièrement attentifs avec ces demandes. D’ailleurs, un flou juridique subsiste sur la légalité de ces séjours et de l’obligation pour le gérant de contrôler les attestations de déplacements.

 

Note méthodologique :

Etude réalisée le 11 novembre 2020, sur la base d’un échantillon représentatif de 114 « clés » à Paris. Une clé représente une unité d’hébergement (chambre, suite, studio, meublé de tourisme …) au sein d’un établissement touristique, localisé à Paris.

L’étude porte sur l’ensemble des réservations, demandes d’informations, modifications et annulations, sur la période allant du mercredi 28 octobre au mercredi 11 novembre inclus. Les données ont été intégralement anonymisées et proviennent à la fois des PMS des établissements que des systèmes de messageries services clients.

3 types d’hébergements ont été pris en compte (hôtels, appart-hôtels et meublés de tourisme). Les hébergements faisant partie de l’échantillon sont de standing divers, utilisent différents PMS et suivent des stratégies de Revenue Management différentes.

Bien que l’échantillon soit le plus représentatif possible, il ne couvre pas, par définition, l’intégralité des segments et localisations géographiques du marché parisien.

 

1: Verbatim, disponible sur le site du Gouvernement: « De surcroît, resteront ouverts par rapport au confinement de mars : […] Les hôtels, qui peuvent garder une petite activité pour les déplacements professionnels indispensables par exemple, mais dont les restaurants seront fermés (seul le room-service pourra fonctionner); »

 

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